Voix de Fukushima Vol.3 Mme Ikuko TAKANO

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Expéri­ence et Réflex­ions de Takano-san au sujet de l’église catholique de Hara­machi

Trem­ble­ment de ter­re, Explo­sion à la Cen­trale nucléaire, Evac­u­a­tion.

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L’église catholique de Hara­machi dans la ville de Minami­so­ma est située à 24,5 kms de la cen­trale nucléaire Dai­ichi de Tokyo Elec­tric Pow­er Co. et à 5,5 kms de la mer. Le ven­dredi 11 mars à 14h46 un grand trem­ble­ment de ter­re de mag­ni­tude 9 a frap­pé la côte Est du Japon, face à l’Océan Paci­fique. L’épicentre de ce trem­ble­ment de ter­re était en mer, un peu loin de la côte San­riku. Il y a eu des ordres d’évacuation don­nés sur une zone de 30 kms, 20 kms et 10 kms. Le 14 mars la troisième unité de la cen­trale nucléaire a explosé. Le même jour j’ai enten­du le son d’une explo­sion venant du sud, qui était celle de la deux­ième unité. Le 15, il y a eu une autre explo­sion à l’intérieur de la 2 ème unité et un incendie dans la 4 ème unité. Juste après, par le sys­tème de com­mu­ni­ca­tion sans fil de la com­mu­nauté il y a eu des ordres don­nés à tous ceux habi­tant à l’intérieur de la zone des 30kms de rester à l’intérieur. Nous por­tions des vête­ments à manch­es longues, des masques, et un cha­peau pour nous pro­téger, et les fenêtres bien fer­mées. Le maire de Minami­so­ma a don­né l’ordre d’évacuer et des bus étaient prêts. Cepen­dant nous ne pou­vions pas imag­in­er ou ni com­ment évac­uer. En ques­tion­nant les uns les autres nous avons com­pris que tôt ou tard tous les mem­bres de la com­mu­nauté vivant à l’intérieur d’une zone de 30 kms autour de Fukushi­ma devaient évac­uer. Il était surtout impos­si­ble d’aller voir l’église alors qu’on demandait de rester chez soi. En ren­trant du tra­vail nous remar­quions que ’ l’église était tou­jours debout ‘. Nous ver­rons ce qu’il fau­dra faire quand tout sera un peu plus calme. Après dis­cus­sions avec les autres mem­bres, j’ai évac­ué.

Dégâts et répa­ra­tion de l’église

Les dégâts de l’église Hara­machi étaient dus prin­ci­pale­ment au trem­ble­ment de ter­re. L’église est anci­en­ne, les murs, le plancher et le toit ont sou­vent été réparés. On venait de célébr­er son 60 ième anniver­saire. A chaque sec­ousse, les fêlures des murs dans chaque pièce empi­raient. L’entreprise de con­struc­tion a recou­vert le toit d’une bâche en plas­tique bleu.
De Sendai, l’évêque venait chaque semaine mais, parce que la ligne de train Joban était arrêtée et en raison des débris, la route 6 était inter­rompue par endroits. Après avoir enlevé les débris à l’intérieur, nous avons décidé de prier le samedi, et à deux, nous avons prié dans l’église.

Nous n’avions pas de mails, bien sûr, nous ne pou­vions pas con­naître les plans et les déci­sions de la parois­se de Sendai ni de l’ordre Domini­cain. L’église se trou­ve dans la parois­se qui dépend de l’ordre des Domini­cains.
Après avoir insisté auprès des mem­bres de l’église au nord de Sendai nous avons pu avoir un prêtre de parois­se qui venait en voiture. Père Latour est venu de Sendai et des mess­es ont été dites le 10 et le 17 avril. Cinq ou six per­son­nes sont venues. Nous avons dis­cuté de l’avenir, com­ment il serait dif­fi­cile pour les Catholiques de se retrou­ver à la messe quand on a des ordres de rester chez soi et de plus l’église était un endroit dan­gereux suite aux dégâts dus au trem­ble­ment de ter­re. Nous avons aus­si eu une messe chez un paroissien habi­tant en dehors de la zone des 30 kms. Nous ne pou­vions plus avoir de messe offi­cielle mais au moins on pou­vait se rassem­bler le dimanche pour prier. Cepen­dant les croy­ants et moi-même étions per­dus sans savoir ce qui se passerait au sujet de l’église de Hara­machi. Le toit était détru­it il y avait un trou et quand il pleu­vait une fuite d’eau. Nous n’avions pas l’argent pour le faire répar­er. A Pâques, je suis allé à l’église de Kita-Sendai. Il m’a fal­lu une heure et demie pour me ren­dre à Sendai. Le paysage le long de la Route 6 était hor­ri­ble, je n’avais plus de mots. Dans les iles il y avait plus de 100 bateaux et navires qui avaient été bal­ayés par les vagues et étaient couchés. En arrivant dans la pré­fec­ture de Miyagi sur la côte de l’Océan Paci­fique la région était dévastée. Je ne trou­vais pas de mots pour exprimer l’impact sur moi. Il y avait des mon­tag­nes de débris résul­tant de la recherche des corps. La recon­struc­tion de la ville de Minami­so­ma dans la pré­fec­ture de Fukushi­ma était retardée. La fuite de radi­a­tions de la cen­trale nucléaire était la cause du retard des travaux.

Le 27 avril le Shinkansen du Tohoku (TGV) était remis en ser­vice. Le Provin­cial des Domini­cains est venu et avec qua­tre paroissiens, nous avons dis­cuté au sujet de l’avenir de l’église Hara­machi. Nous ne pou­vions pas fer­mer cette église sinon les croy­ants n’auraient plus d’endroit pour prier.

ikuko02Le gou­verne­ment a réé­val­ué la région et elle est dev­enue une région de pré­pa­ra­tion à évac­uer, nous n’avions plus à rester à l’intérieur. Nous pou­vions donc sor­tir libre­ment, mais rien n’était près pour la réno­va­tion. De plus les char­p­en­tiers et les cou­vreurs avaient tous évac­ués. Un peu plus tard, bien qu’il n’y ait pas d’ouvriers dans la région, nous avons eu la chance de com­mencer la réno­va­tion grâce à l’aide d’urgence venue du mon­de entier et don­née à la parois­se de Sendai. Aus­si, après la procla­ma­tion de l’évêque Hira­ga « J’aurai un prêtre japon­ais dans toutes les églis­es des régions sin­istrées » Le 1er juin Père Umet­su était en poste à l’église de Hara­machi. Nous nous sommes sen­tis en sécu­rité et heureux d’avoir quelqu’un que nous pou­vions con­sul­ter.

Le samedi 11 juin, l’évêque Koda et qua­tre autres per­son­nes du bureau CTVC de Tokyo, sont venus nous ren­dre vis­ite. Ils ont demandé « De quoi avez-vous besoin? » Nous n’attendions aucune aide. Nous avons répon­du « Nous sommes main­tenant moins nom­breux, si c’est pos­si­ble nous aime­ri­ons avoir une messe ensem­ble »

L’église con­t­a­m­inée par la radioac­tiv­ité Coupe des cèdres de l’Himalaya

Pour élim­in­er la con­t­a­m­i­na­tion par la radioac­tiv­ité les ouvri­ers ont lavé le toit et les murs de l’église. Sous le park­ing il y avait un endroit pour entre­poser l’eau con­t­a­m­inée. Le tra­vail de décon­t­a­m­i­na­tion s’est ter­miné début octo­bre. J’étais ras­suré de voir ce tra­vail achevé. La con­t­a­m­i­na­tion était élevée au sol. Ce n’était pas agréable même si je ne vivais pas là, jour et nuit toute l’année.
Les volon­taires et les pèlerins ne pou­vaient pas venir.

Du cési­um a été détec­té en haut et dans les troncs des cèdres himalayens sur notre pro­priété, donc nous avons dû les couper. Les arbres avaient 30 –40 ans. Le jardin d’enfants était à l’intérieur de la pro­priété donc nous devions assur­er la sécu­rité des enfants.

Aide extérieure

C’est le samedi 26 mars que nous avons reçu la pre­mière aide matérielle. C’était juste après la remise en ser­vice de la ligne télé­phonique. Les Catholiques du Nord de Sendai ont apporte beau­coup de nour­ri­t­ure, com­me du riz, de l’eau, et des con­serves. Nous devions tou­jours rester à l’intérieur et parce que nous n’attendions pas d’aide de l’extérieur, nous avons été éton­nés. A ce moment il n’y avait que 2 per­son­nes à l’église. Nous avons appré­cié l’aide à un moment où nous n’avions plus accès aux pro­duits ali­men­taires. Après, les volon­taires de CTVC et des églis­es de d’autres régions ont com­mencé à vis­iter l’église de Hara­machi. C’était un vœu qui se réal­i­sait.
Le 9 octo­bre, une messe du sou­venir était dite con­join­te­ment avec l’église Mat­su­ki­cho de la ville de Fukushi­ma. Bien­tôt ce fut Noël. Il y avait alors plus de gens qui venaient à l’église. A la fin de l’année, des mem­bres de CTVC Sœur Chi­aki Hatanaka de Tokyo, Sœur Kyoko Oza­wa de Kobe et Mr. Shigeyuki Kanaya­ma sont venus et sont restés vivre ici, ils ont tra­vail­lé avec la com­mu­nauté et pour l’église. Beau­coup sont venus pour la messe du Nou­vel An. Un an après le trem­ble­ment de ter­re, le 11 mars, une messe du Sou­venir a eu lieu à Hara­machi, 82 per­son­nes sont venues avec l’évêque Koda et ses assis­tants. Un an après il y a encore beau­coup à faire pour faire revivre la com­mu­nauté.
Le 6 mai, Père Kar­i­u­ra de Nagoya a été nom­mé à l’église de Hara­machi pour rem­plac­er le Père Umet­su. Ce jour là une per­son­ne est décédée et le Père Kar­i­u­ra est allé admin­istr­er le sacre­ment dans la tem­pête.

Tran­si­tion : rece­vant de l’aide don­nant de l’aide

Nous, les mem­bres de l’église, avons pen­sé à ce que nous pour­rions faire pour faire revivre la parois­se. Nous avons rejoint les volon­taires CTVC au point de ren­con­tre au loge­ment tem­po­raire. D’abord, nous avions peur de la manière dont on allait nous recevoir. Nous appor­tions des gâteaux faits maison et peu à peu les per­son­nes ont com­mencé à nous recon­naître.

Nous avons com­mencé à par­ticiper dans divers­es activ­ités de volon­taires bien que nous étions peu nom­breux à venir de l’église Hara­machi. La col­lab­o­ra­tion avec les NPO de Fukushi­ma, de Yasaibatake à Nihon­mat­su a aus­si débuté.

Depuis lors nous avons fait de notre mieux à tra­vers ces activ­ités. Un an après le trem­ble­ment de ter­re, l’église de Hara­machi voit enfin de l’espoir dans l’avenir. Ceci est grâce à l’aide con­tin­ue et aux encour­age­ments que nous avons reçus. Si nous n’avions pas reçu de l’aide nous n’aurions pas eu la force de recon­stru­ire ou de faire revivre la parois­se. Par le désas­tre du trem­ble­ment de ter­re, nous avons appris à con­naître beau­coup de gens et nous avons créé des liens avec des per­son­nes de tout le Japon. C’est surtout encour­ageant de voir beau­coup de gens avec nous pen­dant la messe, les lec­tures et la musique d’orgue. Nous avons reçu des réac­tions telles que « J’aiderai avec plaisir’ ‘Avec plaisir’ ‘Quelle musique agréable’ Beau­coup de per­son­nes ont été touchées. Des per­son­nes qui ne se joignaient pas à nous ont com­mencé à le faire pour net­toy­er, faire les lec­tures, écrire des cartes ou des let­tres de remer­ciements etc. Cer­tains que nous n’avions pas vus depuis longtemps ont reçu nos cartes et sont venus nous voir. D’autres ont dit ’ Nous allons ailleurs et nous ne revenons pas, donc ne vous inquiétez pas pour nous ’ depuis ils ont pris con­tact avec nous, dis­ant ’ J’aimerais vous envoy­er de l’argent pour vous aider dans les dépens­es d’entretien’. Pour le meilleur et pour le pire, l’église fer­mée a com­mencé à s’ouvrir vers l’extérieur.

Je suis très heureux que beau­coup de per­son­nes vien­nent pour des pèleri­nages, et que nous ayons l’opportunité d’étendre nos rela­tions au- delà des murs de l’église. Je ne peux pas prévoir com­ment l’église de Hara­machi va chang­er dans les prochaines années, mais j’ai l’espoir et je pense qu’elle devien­dra mieux qu’avant.
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Tra­duc­tion par Alberte Rabiller
Mai 2014