Voix de FUKUSHIMA Vol.1 Mme Mikako TAKAHASHI

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Pro­fil: direc­trice de Hokuy­ousha Co., Ltd.
Elle a repris la blan­chisserie de ses par­ents
Sur la page d’accueil de son site, elle a lancé un appel au sujet de la con­di­tion actuelle dans la région, peu de temps après le désas­tre du trem­ble­ment de ter­re et elle a reçu beau­coup de répons­es. Elle a ensuite pub­lié les bul­letins d’information, ‘ Let­tre de Minami­so­ma ’ et voici la 8ème édi­tion.
Juste après le désas­tre du trem­ble­ment de ter­re et l’accident à la cen­trale nucléaire, j’ai lancé un appel au sujet de la con­di­tion actuelle à Hara­machi dans la ville de Minami­so­ma par l’intermédiaire de la page d’accueil du site de mon entre­prise en com­mençant par cette phrase ‘ S’il vous plait sachez ceci’. Con­tre toute atten­te, j’ai reçu bien des répons­es, puis j’ai com­mencé à don­ner des con­férences, je pense que ceux qui ont écouté mon his­toire ou ont lu mon appel ont com­pris la réal­ité que nous vivons.

Nous habitons tou­jours ici. Bien sûr beau­coup d’enfants habitent ici aus­si. Ils ne peu­vent pas jouer, déten­dus, à l’extérieur. Tous les jours on les emmène à l’école tem­po­raire, en bus. Ils por­tent sou­vent des masques. Cer­tains dis­ent que porter des masques est trop exagéré mais mal­gré le fait qu’on nous cri­tique, nous devons pro­téger les enfants.

Pro­téger les enfants, c’est pro­téger nos vies, et pro­téger les vies c’est garan­tir la vie de ceux qui tra­vail­lent dans la région. Par con­séquent, pro­téger les vies c’est pro­téger toute la région. Nous espérons retrou­ver notre ville natale détru­ite en pro­tégeant nos enfants.
Cepen­dant, il est vrai que les enfants sont exténués, et ils sont plus fatigués que les adul­tes. On peut dire que, actuelle­ment le plus grand prob­lème à Minami­so­ma, est celui des enfants. Si nous voulons don­ner aux enfants d’ici les mêmes con­di­tions d’études qu’ailleurs, nous devons penser dif­férem­ment que dans les autres régions. Nous ne pou­vons pas chang­er le pro­gram­me sans l’accord du Min­istère de l’Eduction et des Sci­ences. Il est néces­saire de créer une étude spé­ciale com­me un départe­ment spé­cial édu­ca­tion, dans le but de don­ner aux enfants les mêmes chances d’apprendre. Jusqu’à main­tenant il est regret­table de dire que ces aspects n’ont pas été traités. On nous a dit que nous pou­vons vivre à l’intérieur de la zone des 30 kms autour de la cen­trale nucléaire, ou évac­uer. Cepen­dant, nous ne pou­vons pas retrou­ver les droits humains naturels qu’on nous a volés. Au nom de la ‘respon­s­abil­ité indi­vidu­elle,’ en tant que sim­ples indi­vidus, ou petite com­mu­nauté, nous ne pou­vons rien faire chang­er. Nous désirons vive­ment une pro­fonde atten­tion.
Ce que j’ai pro­fondé­ment com­pris, c’est que jusqu’à présent, c’est une sit­u­a­tion incon­grue, les organ­i­sa­tions plus impor­tan­tes s’éloignent de notre vie de tous les jours.
Nous réal­isons pro­fondé­ment que pour eux la pri­or­ité est de défendre leur organ­i­sa­tion, et ils ne recon­nais­sent pas notre exis­tence. Beau­coup de gens vivant ici leur dis­ent « Venez vivre ici » Jour après jour nous nous inquié­tons d’être aban­don­nés. Nous voudri­ons un pro­jet con­cret pour les enfants de Minami­so­ma. Le pays a un rôle clé à jouer dans ce plan en coopérant avec chaque bureau.
La région elle-même a déjà com­mencé à agir , spé­ciale­ment les jeunes. On peut facile­ment voir ce change­ment sur leur vis­age. Le mou­ve­ment qui a débuté parmi quelques jeunes, s’est répan­du. Ils facili­tent l’arrivée de nou­veaux habi­tants plutôt que de deman­der aux évac­uées de revenir en ville. Com­ment est- ce qu’une ville peut offrir une vie con­fort­able où on se sent en sécu­rité pour des nou­veaux arrivants ? Pour cela nous devons créer un envi­ron­nement où nous vivons en sécu­rité et de manière con­fort­able. Le prob­lème des con­di­tions de vie des enfants est fon­da­men­tal. Si les enfants ne peu­vent pas vivre dans la région, leurs par­ents ne peu­vent pas non plus.

Récem­ment nous avons enten­du beau­coup de réflex­ions pointant les erreurs dans notre atti­tude, au cen­tre de refuge et cela m’a fait du mal. Ils sont dés­espérés mais on leur don­ne de l’argent, donc de plus en plus ils per­dent de vue qui, ils sont. C’est vrai aus­si que par les com­men­taires et les divers com­porte­ments, la répu­ta­tion de la région s’est peu à peu dégradée. Une de nos actuelles pri­or­ités c’est la réap­pari­tion de l’homme. Les jeunes essaient d’agir de divers­es manières dans ce domaine.
Mais, réfléchissez un moment. A ce moment là, nous nous sommes tous enfuis avec des sacs et des télé­phones porta­bles. Nous nous sommes enfuis sans penser que c’était une déten­te mais parce que c’était dan­gereux et en pen­sant revenir chez nous bien­tôt.
Apres un cer­tain temps, nous devions faire face à la réal­ité que nous ne pour­rions pas retrou­ver nos maisons, nous avons per­du la capac­ité de penser. Ce que nous ressen­tions c’était de la colère. La com­pen­sa­tion est l’argent pour soulager la colère, et c’est l’argent que nous ne voulons pas voir, alors que nous per­dons nos maisons, nos familles et nos villes. Nous pen­sons donc que nous devri­ons l’utiliser. Nous ne sommes pas sat­is­faits de cet argent, et nous le déte­stons. Pensez-vous que nous pou­vons utilis­er de manière con­struc­tive l’argent don­ne par l’ennemi qui nous dit ‘ Vous ne pou­vez pas gag­n­er votre vie n’est-ce pas ? Des per­son­nes expri­ment leur dés­espoir, leur humil­i­a­tion et leur colère, nous ne pou­vons pas les imiter.
Nous ne sommes pas autorisés à dépenser l’argent de cette manière, ni le dire ni agir. En ce qui me con­cerne quand on m’a don­né l’argent, j’étais très humil­iée. De plus on m’a dit que c’était de l’argent tem­po­raire. On m’a obligé à écrire le reçu. C’était si absur­de. On peut dire que je prends avan­tage de la sit­u­a­tion. Un an après le désas­tre, ma colère n’a pas du tout dimin­ué.
Notre ville étant détru­ite c’est com­me si on avait coupé nos corps en morceaux. Le trem­ble­ment de ter­re et le tsunami peu­vent être des désas­tres naturels mais l’accident nucléaire est sans aucun doute, une erreur humaine. L’erreur humaine peut être évitée par la sagesse humaine. Nous devons faire face à la réal­ité et nous avons réelle­ment besoin d’idées nou­velles.
Depuis le trem­ble­ment de ter­re et l’accident à la cen­trale nucléaire, un an s’est écoulé. Nous con­tin­uons à vivre dans la région, mais notre vie actuelle n’est pas la vraie vie. Tout est tem­po­raire, la rési­dence est tem­po­raire, les écoles sont tem­po­raires et le payement de la com­pen­sa­tion est tem­po­raire. Nous pou­vons être déprimés. Mon père est décédé le 1er mars l’année dernière et ma mère a vécu réfugiée avec les cen­dres de mon père, mais elle est décédée le 24 novem­bre à l’âge de 84 ans. Elle est restée calme et solen­nelle jusqu’à la fin me mon­trant com­ment mourir.
L’accident à la cen­trale nucléaire n’est pas résolu. Même si avec le temps l’accident peut être oublié, nous devons faire face à la radioac­tiv­ité invis­i­ble, et sur­vivre courageuse­ment.

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